Dans les traces d’un Backpacker

A l’heure où nous sommes tous plus ou moins en train de préparer nos prochains stages, il est temps de parler … voyage ! Même les plus réticents, ceux que l’international n’attire pas du tout, ne pourront probablement pas y échapper, sachant que l’expérience internationale devient de plus en plus requise pour l’obtention de nombreux diplômes. Pour autant, si cette catégorie de personne existe, elle semble plutôt minime face à une pratique devenue courante, le « backpacking », littéralement « voyage en sac à dos ». C’est vrai que l’on connait tous quelqu’un qui est parti à l’autre bout du monde sans but précis sinon celui de découvrir un ou plusieurs pays tout en se finançant grâce des petits boulots. Concrètement, le backpacking a triplé en dix ans, on ne peut donc plus vraiment parler d’activité marginale mais bien de pratique institutionnalisée. En moyenne, le périple dure un an et concerne, pour la plupart, des jeunes adultes de 27 ans.

Alors quel sens donner à cette pratique ? Que va-t-on chercher ailleurs qu’il n’y aurait pas ici ?

Le sujet est suffisamment pris au sérieux pour avoir fait l’objet d’études sociologiques depuis les années 1980. Certains y voient une réponse aux injonctions de la culture individualiste : en étant backpacker, on se définit comme quelqu’un d’ « authentique », on façonne son identité. Ainsi le voyage n’aurait pas comme fondement la curiosité, l’envie de découvrir d’autres cultures mais résulterait plutôt un besoin de se découvrir soi-même et de répondre à une question identitaire. C’est une expérience qui permettrait de s’accorder un temps et un espace de réflexion notamment sur les valeurs normatives imposées par la société : c’est une pause que l’on s’accorde avant de rentrer dans la vie adulte. Là où de nombreuses personnes voient une fuite, les backpackers y voient une mise à l’épreuve de soi : se perdre pour se retrouver.

Les auteurs qui se sont penchés sur la question poussent la réflexion un peu plus loin : le monde moderne a créé un nouveau système social et a détruit les communautarismes qui existaient autrefois. Ainsi, l’individu perd en stabilité et est de surcroît soumis à de grandes pressions : « sois performant », « sois heureux », « construis-toi un projet de vie » … Dans un contexte aussi anxiogène et sans les repères qui existaient autrefois, il devient compliqué pour l’individu de se créer une identité. Le backpacking serait donc une réponse directe aux maux générés par le monde moderne.

Au-delà de ces considérations sociologiques, on peut trouver des raisons plutôt évidentes à la pratique du backpacking : Il n’a jamais été aussi simple et si peu coûteux de partir à l’étranger ! De ce fait, toutes les personnes qui pensent (à raison) que tout ne s’apprend pas dans les livres ou en stage peuvent facilement passer à l’acte et tenter la grande aventure. La plupart backpackers sont avides d’en apprendre plus sur le monde. En voyageant, on s’ouvre à d’autres nationalités, d’autres cultures et c’est une force que de mettre ses « réflexes français » à l’épreuve. En plus, cela est directement applicable au monde de l’entreprise : ces expériences à l’étranger permettent par la suite de mieux s’intégrer au sein un environnement multiculturel et d’accroître sa capacité d’adaptabilité.

Se confronter à d’autres cultures, c’est aussi faire face à l’inconnu et donc avoir moins peur de l’Autre, ce qui en définitive casse les clichés et favorise la tolérance.

Enfin partir faire du backpacking, c’est souvent revêtir l’espoir de revenir profondément changé avec de nouvelles envies et le courage de « sortir de la routine », de profiter des opportunités qui s’offrent à nous… changement qu’il rare de s’imposer quand on a la tête dans le guidon, enfermé dans son train-train quotidien ! Par conséquent, partir à l’autre bout du monde sans but précis n’est certes pas un projet de vie très viable sur le long terme. Mais nombreux demeurent persuadés que la richesse de l’expérience en matière de découverte de soi et des autres confère une force unique qui se doit d’être vécue.

Hannah Solé – AIESEC KEDGE Bordeaux